
Depuis sa fermeture en 2002, on a bien cru à plusieurs reprises que les anciens abattoirs reprendraient de l'activité plus tôt mais, si ce n'est trois évènements culturels et quelques projets non aboutis, le lieu – propriété de la ville - a lentement été laissé à l'abandon. Et pourtant…
Un joyau architectural classé patrimoine de la ville
Achevés de construire en 1922, à proximité de la gare Casa Voyageurs, par l'architecte parisien Georges-Ernest Desmarest, et étendus en 1950, les anciens abattoirs étaient à l'époque la plus grande surface couverte de la ville de Casablanca.
Quelque 20.000 m² de bâtiments et pas moins de cinq hectares de terrains, rien que ça, dans une architecture se rapprochant du néo-mauresque que l'on peut retrouver en Tunisie ou en Algérie et dans des matériaux – dont le béton armé, avant-gardistes pour les années 20 -.
En somme, un joyau architectural qui ne méritait aucunement son triste destin, et des potentialités de reconversion conséquentes.
Des précédents projets laissés en jachère
Certains, néanmoins, avaient vu en ce lieu, et ce depuis quelques années déjà, ses fameuses possibilités titanesques.
En effet, peu après sa cessation d'activité en 2002, on parla très vite, à la wilaya - à l'époque tenue par Driss Benhima -, d'un projet ambitieux qui consisterait à scinder l'endroit en trois vocations distinctes : un tiers consacré à la formation des jeunes aux nouvelles technologies de l'information et de la communication, un tiers culturel devant englober une médiathèque, un espace polyvalent, des ateliers d'artistes ainsi qu'un cinéma, et un dernier tiers destiné à des locaux et surfaces commerciales dont des boutiques, un hôtel et un restaurant.
Mais ce dernier point déplut fortement à certains des premiers défenseurs des abattoirs – notamment le peintre Mohamed Kacimi et l'architecte Selma Zerhouni - qui portaient la partie culturelle du projet et s'en retirèrent.
Résultat ? Une fois Driss Benhima parti de la direction de la wilaya, le sort des anciens abattoirs – gérés par la communauté urbaine de Casablanca - n'était toujours pas scellé.
Et depuis, le lieu ne se transforma véritablement en espace culturel qu'à trois reprises : lors de l'exposition en mars 2003 du peintre, sculpteur et architecte Georges Rousse qui depuis les années 80 photographie des lieux abandonnés de par le monde, à l'occasion de l'édition 2003 du Festival d'art vidéo de Casablanca, et lors de l'adaptation en 2004 de Ajax de Sophocle par la Compagnie Monkeyz ex Machina.
Depuis, plus rien ne se passe aux anciens abattoirs de Casablanca, si ce n'est les méchouis nocturnes où toute une clientèle, pour la plupart tout droit sortie des pubs, venait – telle une horde de joyeux habitués - éponger sa cuite avec une bonne tête de mouton ; et le quotidien de vie des quelques familles qui y habitaient.
Rien de très culturel en somme, si ce n'est quelques tournages de films, et là encore, rien de très positif non plus…
Un incendie vint même détruire début 2005 quelques bâtiments dont, notamment, une unité frigorifique, quelques dalles et un château d'eau qui s'est effondré… comme un château de cartes !
Il fallait agir, et vite, pour sauver ce bâtiment du patrimoine de la ville, classé depuis août 2003.
En route vers un véritable laboratoire artistique interdisciplinaire
Ainsi, c'est au dernier trimestre 2008 que des ateliers de réflexion ont été initiés par la mairie de la ville de Casablanca sur le site même des Abattoirs, avec l'appui du cabinet Archimedia, mandaté à cet effet afin de définir l'approche de reconversion des anciens abattoirs.
En décembre 2008, ces ateliers ont été complétés par un séminaire, financé par la ville d'Amsterdam, où se sont réunis de nombreux spécialistes ayant, eux-mêmes, reconverti de par le monde des friches en lieux de culture. Cette ultime rencontre eu pour but de fixer le devenir des anciens abattoirs.
La conclusion des débats a alors abouti à une double idée et deux temporalités distinctes: une action immédiate correspondant à ce que l'on peut qualifier d'"inauguration" du lieu - les 11 et 12 avril prochains -, et une autre sur le long terme visant à faire émerger une fabrique de la création contemporaine, comme un véritable laboratoire artistique interdisciplinaire.
Sa gestion allait alors être confiée à l'association Casamémoire, qui tout au long du processus, a témoigné d'un intérêt et d'un engagement hors pair envers le projet. L'acte fut pris par le biais de la signature d'un accord avec la ville en janvier dernier, pour l'exercice 2009.
La gestion de la reconversion des anciens abattoirs a été confiée à l'association Casamémoire, qui tout au long du processus, a témoigné d'un intérêt et d'un engagement hors pair envers le projet. L'acte fut pris par le biais de la signature d'un accord avec la ville en janvier dernier, pour l'exercice 2009.
L'ambition, une fois formulée, était ainsi de transformer les anciens abattoirs en un lieu d'avant-garde pour la création, la production et la diffusion des arts urbains, en plaçant la transversalité au coeur-même de la réflexion et de l'expression artistique.
Les différents brainstormings portant sur la reconversion des anciens abattoirs de Casablanca ont abouti à la volonté d'initier un lieu d'avant-garde pour la création, la production et la diffusion des arts urbains où la transversalité serait au coeur même de la réflexion et de l'expression artistique.
Un espace fortement engagé dans la dynamique urbaine et, notamment, envers les jeunes talents où se mêleront tous les arts : vidéo, théâtre, graffiti, musique, mode, skate, cinéma, architecture, installations, design...
Mais, pour une telle ambition, il fallait un évènement de la même envergure, à même de préfigurer la vocation future du lieu en marquant les esprits.
Les transculturelles des abattoirs : sous le signe de la métamorphose
De là, a germé dans les esprits l'idée d'organiser un premier évènement artistique de taille, celui des 11 et 12 avril prochains, qui rendrait manifeste la nouvelle destinée du lieu.
Initialement nommé "Printemps des abattoirs", la manifestation allait finalement prendre le nom de "Transculturelles des abattoirs" pour symboliser cet axe médian de l'interdisciplinarité artistique du lieu.
Ainsi, les 11 et 12 avril prochains, le public retrouvera dans un des bâtiments des anciens abattoirs, cinq territoires de création : les arts plastiques, les arts appliqués, les arts vivants, les arts audiovisuels et sonores ainsi que les arts de la rue sur une surface avoisinant les 10.000 m².
Les 11 et 12 avril prochains, le public découvrira cinq territoires de création : les arts plastiques, les arts appliqués, les arts vivants, les arts audiovisuels et sonores ainsi que les arts de la rue sur une surface avoisinant les 10.000 m².
Cinq espaces mitoyens où se côtoieront les arts autour du thème de la métamorphose, car selon la note de présentation du projet : "Tout projet artistique contemporain porte en lui une vision d'un monde différent, ouvert, généreux où chacun s'emploie à changer le monde au moyen de son art".
Un univers de métamorphose, en somme, contenu intrinsèquement dans chaque chose artistique, mais aussi dans ce lieu atypique que sont les anciens abattoirs de Casablanca.
Que le meilleur soit à venir
Ainsi, à quelques jours de l'évènement qui devrait enfin augurer un avenir meilleur pour les anciens abattoirs de Casablanca, les membres de l'association et les différents acteurs - tous bénévoles - s'activent pour que la manifestation soit une réussite, et le lieu prêt dans les temps.
La communication de l'évènement a bien été lancée et la reconversion des abattoirs a aussi trouvé sa place dans les discussions à Casablanca.
Seule inconnue : la structure finale qui prendra en charge, à long terme, la transformation des anciens abattoirs en lieu culturel. Une structure dont les statuts se devront de lui conférer une autonomie de programmation et de gestion.
La question est aujourd'hui à l'étude, et devrait aboutir à une décision dans les deux mois.
Espérons qu'à l'inverse des précédentes tentatives, ce beau projet culturel ne se perdra pas dans des méandres administratifs. Qu'un modèle économique viable sera trouvé afin d'offrir, à Casablanca, ses lettres de noblesse aux arts actuels et urbains.