
Aussi loin que remontent mes souvenirs, le mouton de l’Aïd , à une ou deux exceptions près, a toujours coûté trop cher : d’une part, pour une grande partie de la population marocaine la viande est un produit de luxe, d’autre part culturellement parlant il est très difficile de déroger à la règle, le haouli, il faut l’acheter, à tout prix !
Se sacrifier pour le sacrifice
...Et à tout prix se traduit par un véritable casse-tête pour nombre de chefs de famille qui vont avoir recours à toutes sortes de subterfuges financiers (crédits, emprunts) pour que, au final, la graisse de la bête puisse grésiller dans le majmar.
Mais revenons à nos moutons et aux prix qui flambent. Certes, la sécheresse de la saison passée ainsi que les prix des denrées agricoles sur le plan mondial ont durement retenti sur le prix de l’aliment du bétail qui en deux ans est passé de 2 à 3,5 Dh le kilo.
De plus, cette année, la saison des pluies qui s’annonce très positive permet aux éleveurs d’avoir une pression nettement diminuée sur leurs objectifs de ventes : même s’ils doivent de préférence vendre leur production destinée à l’Aïd, par contre ils vont garder les femelles pour la reproduction, sachant qu’elles seront largement nourries elles et leurs agneaux.
Alors même que d’après les spécialistes l’offre est largement suffisante (5 à 6 millions de têtes entre ovins et caprins), la “fièvre du mouton” sévira jusqu’au lundi soir.
Certains espèrent que les derniers moutons coûteront moins cher, mais le raisonnement est à double tranchant car les gens ayant mauvaise grâce à garder un mouton chez eux plusieurs jours de suite, préfèrent en effet l’acheter seulement la veille.
Les “chanaka” sévissent
Ils ne sont ni éleveurs, encore moins agriculteurs, ils sont là pour exploiter au maximum la manne incontournable de l’Aïd et le ballet des moutons, nous explique Larbi, un père de famille qui considère que 2.000 Dh est le prix maximum qu’on puisse investir dans le haouli.
Si le prix est supposé être négocié autour de 2.500 Dh pour le bélier (environ 40 Dh le kg), dans les villes, le tableau est tout autre, et le prix peut atteindre jusqu’à 50 Dh le kilo.
Il faut en effet assurer l’hébergement des moutons en attendant leur vente, ce qui est loin d’être évident, où les hangars et les terrains nus sont loués à prix d’or pour l’occasion, par ceux que la population a surnommés sans détour les “chanaka”. Ces derniers n’hésitent pas à réclamer 10 à 20 Dh par mouton et par jour pour un séjour dans leur “hôtel”, dit Larbi, qui conclut à l’existence d’une mafia spéciale Aïd.
Les malins se défendent
A la condition d’être motorisé, Hakim, père de famille, très fier, nous raconte qu’il lui a suffi de s’éloigner de Casablanca pour trouver un beau bélier pour 2.000 Dh, pour lequel il aurait fallu débourser 3.500 Dh en ville.
Certaines familles, quant à elles, investissent à plusieurs dans un veau, qu’elles se partagent après le sacrifice. Au final elles obtiennent une viande à bien meilleur marché, tout en ayant respecté la sunna, et les dictats.