
Le parlement marocain est malade, gravement malade, et son mal a un nom : l’absentéisme. Presque plus de 70 % des parlementaires des deux chambres (des députés et des représentants) boudent l’hémicycle, selon un fonctionnaire à la deuxième chambre ayant requis l’anonymat.
“Je suis ici depuis des années et lors des élections tenues récemment pour désigner le successeur de Mustapha Okacha (ancien président de la chambre de représentants décédé), j’ai vu pour la première fois des visages que je n'avais jamais rencontrés auparavant dans l'hémicycle !
Un fonctionnaire à la deuxième chambre
Selon cette source, “ces parlementaires, qui sont des milliardaires”, ne cherchent en fait que “le titre de parlementaire pour bénéficier de l’immunité”
L'image de l'institution en souffre
L’image du parlement (avec ces deux chambres, la chambre des représentants et celle des conseillers) quasi vide durant les débats parlementaires entame davantage la crédibilité des deux chambres dans un contexte politique marqué par le désintéressement des citoyens.
Pourtant, aucune disposition légale (même les lois internes régissant les deux chambres) ne contraint les parlementaires à assister aux sessions du parlement et aux travaux des commissions parlementaires. Or, les parlementaires sont censés représenter les citoyens, comme le stipule l’article 36 de la Constitution.
Selon Youssef Bilal, professeur de sciences politiques à l’Université Mohamed V Souissi à Rabat, contacté par nos soins, “l’absentéisme des parlementaires est un fait réel qui reflète leur manque de qualification. Beaucoup d’entre eux ne visent qu'à protéger leurs intérêts personnels. Et ça ruine l’image de l’institution législative”.
Faut-il pénaliser les absences ?
Le PJD et l’USFP se sont insurgés contre cette situation et ont plaidé pour l’élaboration d’une loi qui pénalise les parlementaires qui s’absentent.
D’aucuns ont demandé l’intervention royale pour mettre fin à ce mal.
“J’ai préparé avec Mohamed Mohib (membre du bureau politique de l’USFP et ancien député) un document réclamant la mise en application d’une amende de 1.000 Dh pour chaque absence, dans les séances plénières ou dans les commissions du parlement”
Lahcen Daoudi, député au sein du groupe du PJD.
Et d’ajouter, “mais cette proposition n’a pas été prise au sérieux. Nous avons même proposé de publier durant chaque séance les noms des parlementaires absents. Cette fois-ci encore, la proposition a été rejetée. Je crois que les partis politiques ont une grande responsabilité là-dessus, ils refusent d’être fermes avec ces parlementaires absentéistes”.
Cette position n’est pas partagée par tous. Un membre dirigeant du Mouvement populaire qui a préféré garder l’anonymat se dit contre toute pénalisation à l'encontre de ces parlementaires, arguant que “l’important n’est pas d'être présent durant les séances plénières devant les caméras de la télévision, mais que l’important est le travail effectué par les parlementaires en dehors des séances”. “C’est un débat faussé”, a-t-il ajouté.