
Du point de vue sociologique, comment expliquez-vous le faible taux de participation des Marocains lors de ces élections ?
En réalité, ce taux de participation record, n'a pas surpris que la classe politique qui croit toujours aux illusions scandées par elles-mêmes. Les Marocains n'ont plus confiance en le processus électoral. L'image du député qui promet tant de choses et qui disparaît juste après les élections s'est ancrée dans l'imaginaire collectif. Force est de constater le Marocain d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier. Maintenant, il est plus conscient et plus apte à comparer et nuancer. Le citoyen n'as pas besoin de discours de langue de bois. Ce qu'il demande c'est des choses concrètes. Le faible taux de participation n'est vraiment pas un signe ou un message adressé aux partis politiques. Ces derniers n'ont pas de mémoire. Ils sont têtus, car plusieurs messages ont été lancés dans le passé sans qu'ils changent leur politique.
Comment expliquez-vous le fait que les ruraux ont voté plus que les urbains ?
C'est naturel, vu l'histoire du processus électorale au Maroc. Depuis que le système marocain a choisi le jeu démocratique, il a pris ses précautions et il a établi des normes pour ne pas tomber dans ce qu'on pas appeler les ''risque de la démocratie''. Sur ces bases, le monde rural reste toujours une sorte de ''garde à fou'' pour le Makhzen depuis l'indépendance. Le ''système'' marocain a empêché ceux qui veulent intervenir ou agir dans le monde rural,qui est resté dominé par le pouvoir central. Dans ce sens, le sociologue Remi Leveux a toujours considéré le ''fellah marocain'' comme défendeur du trône. Et le sociologue marocain Paul Pascon n'a pas cessé de répéter ''tous ce qui est lié au fellah, c'est de la politique''.?De même les gens de la compagne étaient ceux qui votent plus sous la pression de l'Etat. Certes, cela n'existe plus mais les séquelles du passé laissent toujours des traces.
Quels sont les messages qu'on peut retirer de cet abstentionnisme record ?
La classe politique devra être plus réaliste. Il faut commencer par dire la vérité au citoyen. Les partis politiques doivent se livrer à un vrai exercice démocratique interne. Mais la leçon la plus importante, c'est que les électeurs n'ont pas voté parce qu'ils pensent que la plupart des partis politiques suivent les pas tracés par l'Etat.
La période électorale représente un vrai laboratoire sociologique pour les chercheurs. Les sociologues marocains en profitent-ils ?
La présence des sociologues au Maroc est malheureusement restreinte. A part quelques analyses publiés dans les journaux et des commentaire des sociologues sur la télévision ou à la radio. Il y a une absence d'études scientifiques profondes et professionnelles selon les normes académiques sur le processus électorale. A part une étude faite par le chercheur marocain El Hachimi Radi sur ''la constitution de l'élite marocaine'' en 1963. À noter que presque la majorité des chercheurs en sociologie ont été absorbés par l'administration ou les établissements universitaires.