Elie Azagury vit toujours à travers son legs architectural:

Par: aufait/MAP - le 28-03-2009

S'il n'est plus parmi nous aujourd'hui, Elie Azagury l'est et le sera toujours par sa précieuse oeuvre à travers laquelle il a apporté une valeur ajoutée indéniable au patrimoine architectural national.

Peu connu du grand public, son nom a son poids au sein de la communauté des architectes, très consciente de l'importance de son legs architectural mais aussi de sa contribution à la promotion de la profession au Maroc.

Le défunt, disparu au début de cette année, était le doyen des architectes marocains et le premier président de l'Ordre des architectes du Maroc après l'indépendance (1958-1971). Et c'est en tant que tel que cet organisme a tenu à lui rendre hommage à travers l'organisation d'une exposition qui revient sur ses principaux travaux. Une initiative qui intervient en collaboration avec la Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain, vu les origines juives de l'architecte.

Cette exposition, qui se tient depuis jeudi soir au Musée du Judaïsme Marocain de Casablanca, devra se poursuivre jusqu'au 30 avril.

Azagury fait partie du patrimoine humain marocain

Précurseur de l'architecture moderne marocaine, visionnaire, humaniste, militant, patriote, ce sont quelques qualificatifs élogieux qui reviennent en récurrence lorsqu'on parle de cette figure emblématique de l'architecture nationale.

"C'est une partie du patrimoine humain marocain que nous avons perdue", dira de lui Azelarab Benjelloun, président du conseil régional des architectes du Centre, qui met en exergue l'esprit du militant qui a toujours animé "ce grand architecte" dans sa quête pour développer un paysage urbain agréable.

Pour M. Benjeloun, tout ce qu'Azagury a accompli dans ce sens, l'a fait avec "force, courage et engagement".

"C'était un homme de réalisation, de principe, qui a consacré toute une vie à faire de l'architecture militante", affirme, de son côté, son ami Simon Lévy, secrétaire général de la Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain.

Levy, qui est aussi directeur du Musée du Judaïsme Marocain, confie qu'une exposition des oeuvres d'Azagury, ou de "Lolo" comme il se plaisait à l'appeler, était planifiée déjà de son vivant. Ses travaux retracent, selon lui, la cohabitation "exemplaire" entre juifs et musulmans au Maroc.

Maître d'oeuvre de nombreuses réalisations, tant dans le domaine privé, que dans les secteurs public et semi-public, Elie Azagury a notamment participé aux grands chantiers des années cinquante. On lui doit, également, le plan d'urbanisme et de construction de logements sociaux du projet Derb Jdid, plus connu aujourd'hui sous le nom Hay Hassani à Casablanca (1957-1960). Il s'agit de la première expérience d'habitat social en immeubles au Maroc. "Peu de gens connaissent que Hay Hassani c'était lui !", s'exclame Levy, qui souligne l'importance que revêt le fait d'inciter les étudiants des écoles d'architecture à s'imprégner des travaux des anciens maîtres.

"Azagury était précurseur et visionnaire par cette expérience", estime le promoteur immobilier Rachid Khayatey, ajoutant qu'il est le meilleur ambassadeur du mouvement architectural moderne marocain qui, grâce à lui, a pu avoir un rayonnement international.

Un nom associé aussi à la reconstruction d'Agadir

Azagury était également à l'origine, en 1968, du développement touristique des côtes du Nord par l'aménagement du premier complexe touristique et balnéaire à Cabo Négro. Il ambitionnait d'en faire une véritable ville de tourisme pleinement intégrée dans son contexte. "Si ce projet n'a pas eu le succès escompté, il a marqué le départ du développement immobilier touristique que connaît le Maroc aujourd'hui ", estime Khayatey.

Le doyen des architectes marocains avait également participé, auprès de Jean-François Zevaco, à la reconstruction de la Ville d'Agadir, après le séisme de 1961.

Pour l'architecte Aimé Kakon, l'architecture d'Elie Azagury "n'était pas importée mais adaptée à la lumière, au climat, au mode de vie des Marocains".

"Cette école nous a inspiré de l'enthousiasme qui nous a aidé à nous débarrasser peu à peu de cette timidité qui paralysait notre main et donnait de la simplicité à nos traits et à nos lignes, nous qui étions encore débutants", dit-il.

Kakon avait effectué, au début de sa carrière, un stage chez Azagury avant de devenir plus tard son ami. "Cohérent avec lui-même et serein, il nous a donné jusqu'au bout une leçon d'humanisme et d'optimisme", ajoute-t-il.

Né à Casablanca en 1918, Elie Azagury décède dans la même ville en janvier 2009. Elève d'Auguste Perret, il fût le premier architecte marocain diplômé (écoles des beaux-arts de Paris et de Marseille). De retour au pays en 1949, il participe activement au développement du paysage urbain marocain, durant plus de 50 ans, convaincu que le rôle de l'architecte est d'être garant de la continuité de l'histoire et du développement de son pays.