Constructions d'équipements publics: Architectes en colère:

Par: Laïla Ziraoui - le 17-05-2009

"Nous ne demandons pas le gré à gré avec des Marocains". Le président du Conseil Régional de l'Ordre des Architectes, Benjelloun Az El Arab, se veut clair. Les architectes ne sont pas contre les concours internationaux pour les projets de biens d'équipements publics.

Comme le dit si bien Berrada Charafeddine, président du Collège des Experts: "il faut que les meilleurs architectes du monde puissent participer, car ces constructions vont devenir des monuments. Ils seront la propriété de tout le monde. Il faut donc avoir les meilleurs". Les architectes souhaitent seulement que les concours leur soient ouverts. Et s'ils grognent aujourd'hui, c'est qu'ils estiment que l'Etat leur a d'emblée fermé les portes de deux gros projets : le futur théâtre de Casablanca et le stade de Sidi Moumen, dans la périphérie de Casablanca.

Signataire de luxe

Pour le théâtre, les choses sont claires : la mairie de Casablanca a fait directement appel à un groupe international de prestations de gestion de projet, pour gérer la candidature des 6 cabinets internationaux que la ville a souhaité voir participer à ce projet.

Ce que les conseils et ordres d'architectes reprochent à la ville dans cette affaire, outre l'humiliation de sentir leurs compétences rejetées, c'est l'"invention du signataire de luxe", un hors-la-loi que l'Etat était le premier à poursuivre. Un architecte ne peut prétendre signer un projet sans l'avoir conçu.

Or, le cabinet vainqueur ne pourra travailler au Maroc sans l'association avec un cabinet marocain qui, à en croire Az El Arab Benjelloun, ne sera dans les faits que signataire et non concepteur de projet.

Clauses restrictives

Le concours pour la conception du stade de Sidi Moumen a soulevé plus de vagues. L'ordre et le Conseil des Architectes, ainsi que le Collège des Experts, affirment qu'une clause empêche la participation de tout professionnel marocain.

Cette clause stipulerait que seuls peuvent participer des architectes ayant déjà conçu un stade d'une capacité d'accueil de 70.000 spectateurs, oeuvre qu'aucun architecte marocain n'a encore réalisée. Ce que l'on nie du côté du ministère de l'Equipement.

Ahmed Annabi, chef du système d'information du ministère de l'Equipement, a assisté aux réunions du projet. Lui voit dans les plaintes des architectes des rancoeurs personnelles, car "certains parmi les architectes ont des problèmes avec le ministère".

Un responsable du projet qui a préféré garder l'anonymat nous affirme quant à lui que "le ministère a fait appel a des compétences marocaines, qui avaient des références de stades d'une capacité d'accueil de 40.000 spectateurs seulement".

Un stade de coupe du monde

Cette même personne explique les clauses de l'appel d'offre par l'impératif de sécurité qui prime lorsqu'on souhaite bâtir un stade: "les exigences du concours ont été dictées par le type de projet, son envergure et par la diversité des compétences que nécessite la construction d'un stade d'une capacité de 70.000 personnes - expérience toute nouvelle au Maroc -, sur un terrain comme celui de Sidi Moumen".

Un terrain accidenté, situé au pied d'une falaise de 28 mètres de haut : les compétences requises ne sont donc pas uniquement architecturales. "Ce projet nécessite un ensemble de compétences en architecture et ouvrage d'art", estime notre interlocuteur.

Si les clauses du concours demandent une référence de stade, c'est qu'"il en va de la sécurité des futurs spectateurs", explique-t-il.

Et c'est aussi que le ministère de l'Equipement a vu grand : le stade se veut un équipement digne d'accueillir des rencontres de coupe du monde, avec parvis supérieur, tout en haut de la falaise, et parvis inférieur. "Il a donc fallu faire appel à des compétences très poussées et très diversifiées", conclut le responsable. Entendez, des compétences que l'on ne pouvait toutes trouver au Maroc. Ainsi, parmi les 6 associations de cabinets marocains et étrangers encore en lice à ce jour, on retrouve les plus grands cabinets internationaux.

Seulement, les regroupements d'architectes auraient aimé qu'on leur laissât leur chance. Après maintes tentatives de dialogues, ils sont prêts maintenant, "car nous sommes dans un Etat de droit" affirment-ils, à aller en justice si les autorités continuent à refuser la discussion. Affaire à suivre.